Internet

janvier 25, 2009

On n’assiste pas tous les jours à la création d’un bien commun. L’air et l’eau existaient bien avant nous, et nous n’y étions pour rien. Nous, nous pourrons dire à nos petits-enfants : « j’y étais ».

Internet est un objet unique (d’où la majuscule), qui appartient à l’humanité. Il est à la fois le produit et le moteur de la révolution numérique, qui permet à tous d’échanger avec son prochain en s’affranchissant du temps et des distances. Il est le vecteur principal de la société de la connaissance en devenir.

Ce bien unique et public, la droite sarkozyste veut l’asservir à son fantasme de contrôle absolu. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter Frédéric Lefebvre, grand ordonnateur des manœuvres de l’UMP, déclarer : « L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? [...] Il est temps que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde. (…) Notre pays doit montrer la voie. »

Museler Internet, une priorité pour le gouvernement

L’outrance délibérée des arguments utilisés ne doit pas faire sourire. Internet possède en effet, aux yeux de la droite sarkozyste, bien des tares qui justifient sa mise au pas. Alors que des efforts considérables ont été consentis par M. Sarkozy pour se concilier les bonnes grâces des grands patrons des médias privés (à coup de parrainages et d’alliances quasi-familiales comme sous l’Ancien Régime, ou bien en bradant les biens publics – c’est-à-dire les nôtres), Internet est un espace sur lequel la propagande gouvernementale n’a pas prise, bien au contraire, comme le montre la vigueur bienvenue des sites satiriques ou républicains.

Cette intolérable atteinte à la pensée unique sarkozyste doit donc être combattue. Les moyens gouvernementaux pour cela sont clairement affichés, et seront mis en œuvre une fois le sort de la télévision publique définitivement réglé :

  • introduction d’un système de « labels » pour les sites « homologués », conditionnant nos chers enfants et leurs parents à ne pas s’aventurer hors des sentiers battus. Ceci est à mettre en parallèle aux spots publicitaires gouvernementaux actuellement diffusés, qui présentent Internet comme le repaire de la violence-pédo-nazi-sexe ;
  • comme la curiosité enfantine ou citoyenne est sans limite, incitation à la mise en place, directement sur les ordinateurs des abonnés, d’outils de « contrôle parental » pouvant être paramétrés pour empêcher automatiquement la connexion aux sites non labellisés.

Au final, l’usager peu averti se laissera guider par la machine et aura tendance à négliger les sites « non reconnus », potentiellement porteurs d’une information non-commerciale subversive pour le pouvoir en place.

Payer pour parler

Certains économistes proches des industries culturelles proposent également, sous couvert de « lutter contre le piratage », de taxer le téléversement (« upload »), c’est-à-dire la remontée d’informations à partir des ordinateurs des internautes. Des dispositions en ce sens avaient même été envisagées lors de l’examen de la loi LCEN au Sénat en 2004.

Reconnaissons que l’idée est astucieuse : en prétextant faire payer les vilains internautes qui envoient des copies de fichiers piratés à leurs copains, il s’agit en fait de taxer tous les contenus auto-produits et donc d’empêcher les citoyens de s’exprimer et de s’associer librement sur le Net. Un blog à succès ruinerait son possesseur.

Cette vision d’un Web-moins-2.0 re-pyramidalisé n’est pas sans rappeler le mécanisme du suffrage censitaire très en vogue lors de la Restauration monarchique. À bien y réfléchir, le parallèle n’est pas si absurde…

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