Subversion

mars 15, 2009

J’ai été frappé par un message circulant sur différents sites des Îles et par courriel, faisant référence au livre « La subversion » de Roger Mucchielli (cela facilite grandement le traçage du message par les moteurs de recherche), et recensant un ensemble d’actions pouvant être entreprises par des individus déterminés à saper les fondements de l’État. Vu les niveaux de tension qui règnent en Outre-Mer, le message initial peut être perçu comme un appel à structurer une opposition « spontanée » aux manifestants. Sorti de son contexte original, il a inspiré chez moi d’autres pensées, car je n’ai pu m’empêcher, en le lisant, d’établir un parallèle entre ce qu’il décrit et la politique sarkozienne. Je vous le livre donc ci-dessous, assorti de mes commentaires.

Les agents subversifs agissent sur l’opinion publique par la maîtrise d’un canal de communication majeur (télé, radio, journal, …) ; sans canal de communication majeur, pas de subversion.

1- Discréditer les notables ; stigmatiser leurs comportements, leurs opinions, préjudiciables au plus grand nombre.

Selon l’actualité des discours présidentiels, les incapables sont, au choix ou en bloc : les chercheurs, les profs, les juges, les psychiatres, les fonctionnaires, les médecins, …, bref, tous les corps constitués de la Nation capables d’une pensée autonome.

2- Démoraliser la population ; la convaincre de son impuissance à agir,
la culpabiliser, la faire douter.

La crise, la crise, la crise…

3- Diviser ; empêcher un consensus propice à une réaction de masse.

Dans l’idéologie sarkozienne, il y a ceux qui travaillent et les autres, les RMIstes, les fainéants, les assistés, les syndiqués, qui leur mangent la laine sur le dos. Chacun voit l’ennemi à sa porte, donc il n’y a pas d’union possible. Diviser pour régner est la maître pensée.

4- Discréditer l’autorité ; démontrer son incapacité à prendre en charge les problèmes, à assurer la sécurité publique, encourager la désobéissance civique, faire germer une autorité de substitution.

Déconsidération des pouvoirs judiciaire (attaques contre les juges d’instruction), législatif (parlementaires aux ordres, limitation du rôle de l’opposition parlementaire) et exécutif (ministres transparents mettant en œuvre les décisions présidentielles) au profit des conseillers de la Présidence de la république.

5- Neutraliser toute intervention spontanée des masses en faveur de l’ordre établi ; inhiber les masses. Il n’est même pas besoin de solliciter l’assentiment des masses. Il faut obtenir l’apathie populaire.

L’action de média de nivellement tels que TF1, destinés à capter le « temps de cerveau disponible », ne semble pas étrangère à cet état de fait.

6- Mais pourtant : « parler et agir au nom du peuple ».

Combien de phrases des discours présidentiels ne contiennent-elles pas l’expression : « Les Français veulent… » ?

7- Isoler les citoyens, les obliger à ne penser qu’à eux, les recentrer sur leurs besoins vitaux à court terme : c’est la « panique muette ».

La crise, la crise, la crise…

8- Pendant ce temps, l’agent subversif dénonce, critique, mais ne propose rien ; il n’est pas suspect ; il conserve toute latitude pour s’indigner.

À mettre en parallèle du fameux tic de langage «… et tenez-vous bien …» de notre Président de la République.

9- La violence s’installe ; elle est présentée comme « des actes désespérés de personnes qui n’en peuvent plus » ; on en vient à évoquer la « légitime défense ».

On se réfèrera à la piètre tentative de justification par Mme Michèle Alliot-Marie de la molestation d’un groupe de collégiens par des CRS à la gare Montparnasse. Selon Mme la Ministre, ce serait l’enfant qui se serait jeté sur la matraque.

10- Le manichéisme moral est mis en place ; il y a le bien et le mal.

On prend les mêmes que pour le premier item : la France qui travaille contre les « parasites » de tous ordres (syndicalistes, sans-papiers, professeurs qui enseignent « la Princesse de Clèves », etc).

11- Le pouvoir sous toutes ses formes, c’est le « mal ».

L’idéologie sarkozienne insistera ici plutôt sur les règlements qui limitent l’efficacité de l’action présidentielle et privée : droit du travail, indépendance de la justice et des média, etc.

12- À l’opposé, les éléments subversifs se font porteurs du « bien », sous toutes ses formes les moins contestables.

La mise en scène de l’action présidentielle ne tolère aucune contestation. Aucune protestation ne doit être audible.

13- La violence, le meurtre deviennent « légitimes » ; la cause est « juste ».

Licencier et délocaliser quand une entreprise fait des profits, c’est normal.

14- La masse est déstabilisée, culpabilisée, sa conscience morale la fait
douter.

Les Français ne travaillent pas assez, ils ne sont pas assez compétitifs. S’ils travaillaient plus, ils gagneraient plus. C’est de leur propre faute si les classes moyennes et inférieures se paupérisent.

15- Sans contre-subversion, la masse s’inhibe.

Relire la mention relative à TF1.

16- Les « belle âmes » changent de camp… par faiblesse, par intérêt.

Les sirènes de la participation au gouvernement pour « faire enfin bouger les choses » ont attiré nombre d’activistes reconnus et estimés du public, tels que : Fadela Amara, Martin Hirsch, Bernard Kouchner, Rama Yade, Bernard Laporte, etc.

17-    Les belles âmes sont récupérées par les éléments subversifs ; elles deviennent leur caution.

Parmi les personnalités citées ci-dessus, certaines ont su préserver leur indépendance d’esprit, d’autres ont dû boire le calice de la participation gouvernementale jusqu’à la lie, condamnées à justifier en public des actions qu’ils réprouvaient en privé. Mais le mal est fait : ce qui est mis en évidence ici, c’est que les grands idéaux sont solubles dans le pouvoir, encourageant ainsi la population à se détourner des personnes incarnant des idées nobles, et ajoutant de fait à son découragement et son renoncement à la mise en œuvre de politiques alternatives.

18-    Il devient « confortable » de rallier la subversion.

Le gouvernement répète à l’envi qu’« il faut dépasser les clivages droite-gauche ».

19-    « Les événements » deviennent le prétexte à « régler des comptes personnels », la terreur s’installe.

On ne compte plus les récits des colères présidentielles à l’encontre de préfets, magistrats, ou ministres ayant eu le malheur de déplaire. Les invectives (« tous des cons ») y sont fréquentes, parfois accompagnées de mutations disciplinaires. Ceci permet d’entretenir dans l’administration un état de terreur incitant à l’obéissance aveugle et permettant de passer outre les règles du droit.

20- Les éléments subversifs font pression sur les responsables des médias.

La récente reprise en main de la télévision publique (désignation effective du PDG de France Télévision par le Président de la République, non reconduction de mandats au CSA) s’inscrit dans ce cadre.

21- Les médias sont aux ordres des éléments subversifs ; ils relaient les exactions, ils alimentent la panique muette, ils emballent le mouvement.

La remise au pas de la télévision publique est le pendant du verrouillage des média privés obtenu par l’alliance quasi familiale entre M. Sarkozy et les grands patrons des groupes de communication. Malheur à celui qui oserait publier un article insidieux sur la politique ou la vie privée du Président ! En revanche, pas un jour ne doit s’écouler sans que son action ne soit louée et mise en images.

Plus rien n’empêche le prise du pouvoir par la minorité subversive…

Sans commentaire.

One Response to “Subversion”

  1. Excellente analyse. Mais nous sommes de plus en plus à être de moins en moins dupes.

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