Blackout

février 27, 2009

Les personnes découvrant actuellement mon site pourront être surprises de sa triste apparence, qui convient peu à la promotion d’idées nouvelles et de lendemains qui chantent. Mais où sont les rayons de soleil et l’image radieuse du candidat pointant fièrement son menton vers l’horizon qui s’ouvre ?

Si j’ai mis en deuil mon site, c’est pour manifester publiquement, à l’appel de La Quadrature du Net, contre le délire totalitaro-féodal du gouvernement en ce qui concerne Internet.

Depuis plus de cinq ans, le Ministère de la Culture se fait l’écho des caprices de l’industrie culturelle en empêchant par tous les moyens possibles (alors que justement c’est techniquement et mathématiquement impossible !) la circulation de l’information sur Internet, au prétexte de « lutter contre le piratage ». J’ai décrit dans d’autres billets pourquoi cette approche est sans issue, mais chaque mois de gagné donne l’illusion aux anciens seigneurs des fiefs culturels qu’ils pourront préserver éternellement leurs privilèges de vie et de mort sur les artistes (du genre : « MC Solaar m’a déplu ! Que ses disques soient embastillés et son nom oublié ! »).

Il s’agit donc pour eux de « colmater », « trou » après « trou », toutes les possibilités pour les Internautes d’envoyer et recevoir de l’information sans contrôle de sa nature. La dernière lubie en date concerne les points d’accès WiFi publics, pour lesquels le gouvernement souhaite un accès restreint au moyen de « listes blanches ». Autrement dit : seules seront autorisées à partir de ces points d’accès les connexions à des sites « autorisés », sans-doute ces fameux sites « labellisés » par le gouvernement et l’industrie culturelle, et qui ne comporteront ni propos désobligeants pour le pouvoir ni contenu auto-produit ou mis en accès gratuit sans pub (« oh, quelle horreur, du temps de cerveau non rentabilisé ! »).

Avec l’abandon progressif du principe de la « riposte graduée » et de la censure commerciale d’Internet par tous les pays démocratiques, la France se retrouve donc seule, au côté d’États comme la Chine, à vouloir inspecter et filtrer massivement le contenu des communications électroniques de ses citoyens.

Rien de bien surprenant à l’aune de l’idéologie sarkozienne (dont les deux mamelles sont « prendre au public pour donner aux amis » et « tout contrôler »), mais une bonne raison de protester massivement auprès de son député, puisque le texte de loi HADOPI sera examiné par l’Assemblée nationale début mars.

4 Responses to “Blackout”

  1. J’approuve globalement votre action, ai soutenu (sous mon nom réel) votre pétition pour la « candidature à la candidature », et réprouve la démagogie des acteurs du gouvernement actuel qui sous couvert de protéger l’intérêt collectif contre les dérives d’Internet, réelles ou fantasmées, servent avant tout des intérêts privés. À dessein, ou au nom du pragmatisme, desservis par la méconnaissance de l’évolution des techniques, ou minés par un lobbying intense, cela est un autre débat. Il est vrai que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

    Je veux néammoins vous faire part d’un doute, au nom d’une certaine objectivité: un argument rebattu contre Hadopi, que vous reprenez ici, est que les mesures envisagées seront impossibles à mettre en place. Mais, en somme, si elles sont impossibles, tout cela n’est-il pas beaucoup de bruit pour rien ? J’ai du mal à croire que la France ne puisse supporter le coût d’une expérience répressive dispendieuse, qui à vos dire n’est sûrement pas amenée à durer, faute de réelle efficacité… La question des libertés publiques me semble elle aussi confuse: les charges à opposer à l’internaute-pirate putatif ne semblant pas résister à l’analyse technique à vos dires et à ceux d’autres experts, tout procès éventuel devrait devoir finir par une relaxe si les internautes incriminés sont de bonne foi.

    Le débat ne serait-il donc pas purement idéologique (mais non dénué d’utilité, bien au contraire, car il a au moins permis de faire émerger des arguments forts qui sont autant de pierres dans le jardin d’Hadopi)? J’ai raté quelque chose ?

    Cordialement, P.

  2. Bonjour, et excusez ma réponse tardive.

    Votre question est légitime, et appelle une réponse à deux niveaux.

    Premièrement, je ne pense pas que ce soit une bonne chose pour un exécutif, sous prétexte d’effets d’annonce, de légiférer au mépris des droits constitutionnels. Si cela était le fait d’une ignorance technique crasse, telle celle affichée par Mme Albanel ânonant les notes rédigées par ses conseillers, cela n’en serait pas moins inexcusable. Mais le problème est manifestement ailleurs.

    La deuxième et principale raison est que, sous prétexte de protéger les z’artistes, ce texte met en place les bases d’une surveillance généralisée de la population au sein de sa sphère privée. La disposition somme toute la plus scandaleuse de ce texte, qui en comporte pourtant bien d’autre de très haut vol, est d’ »inciter fortement » à l’installation, par les usagers, d’un « logiciel espion » dont seul l’usage est censé protéger l’internaute du régime d’accusation arbitraire que cette loi instaurerait. Ce mode de « protection » ressemble fortement à du racket.

    Nul ne sait de quel façon ce logiciel miracle pourrait savoir si ce que vous faites est licite ou non. Ce qui est sûr, c’est que, au delà de la distorsion de concurrence qu’il induira (incompatibilité entre l’opacité de ce logiciel et les principes d’ouverture des logiciels libres, tout comme au bon vieux temps des DRM de la loi DADVSI), les usagers qui l’installeront de bonne foi renonceront à la confidentialité de toutes leurs données informatiques.

    Dans le monde réel, ceci reviendrait à placer des caméras de surveillance dans toutes les pièces de la maison, salle de bains et WC compris, pour surveiller que les habitants ne copient pas de livres. Nul ne sait ce que les vigiles regarderont derrière leurs écrans ; il paraît cependant que c’est pour notre bien, car sinon nous pourrions nous laisser aller à des penchants coupables.

    Tout pays qui instaurerait ce système ne pourrait raisonnablement plus être considéré comme libre.

    HADOPI delenda est.

  3. Pour compléter ma réponse, deux liens sur des articles de PCinpact, journal en ligne qui suit remarquablement bien ce dossier :

    http://www.pcinpact.com/actu/news/50774-hadopi-points-noirs-projet-internet2.htm

    http://www.pcinpact.com/actu/news/50750-hadopi-logiciel-securisation-interoperable-payant.htm

  4. [...] en Aquitaine), mais avant tout un peu de « relooking » s’impose, le deuil d’HADOPI devant prendre fin, pour retrouver les couleurs de la vie face aux attaques mortifères que ce [...]

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