Retour au bercail

décembre 24, 2009

Cela fait plus de sept mois que je n’ai rien posté sur mon blog. Pourtant, l’actualité politico-numérique n’a pas été en reste, avec le vote de l’inepte loi HADOPI, dont les dispositions les plus attentatoires n’ont pourtant pas été censurées par un Conseil constitutionnel affublé de myopie dans ses analyses, les rebondissements autour du « paquet Télécom », le décès soudain du grand activiste numérique Francis Muguet, auquel je tiens à rendre un hommage appuyé car il a su faire entendre au niveau mondial la voix des usagers de l’Internet, ou encore l’attribution du Prix Nobel d’économie 2009 à Elinor Ostrom, pour ses travaux sur l’efficacité de la gestion des biens communs par des communautés d’usagers, qui est le moteur des développements dans la communauté du logiciel libre, entre autres, mais représente surtout une rupture par rapport aux « grrrands théoriciens » néo-féodaux de l’économie, qui ont mené celle du monde dans son état actuel.

Ma longue période d’absence s’explique par une phase intense d’activité professionnelle, conclue le 3 décembre dernier par deux événements concomitants : la soutenance de mon « HDR » (abréviation de « Habilitation à Diriger des Recherches », et non « Habilitation à Digérer les Restes » comme certaines mauvaises langues l’ont insinué – et pour quoi je n’aurais aucunement besoin d’habilitation !), et le vote par les militants de mon investiture sur la liste du Parti Socialiste pour les élections régionales en Aquitaine, derrière Alain Rousset.

Donc, retour au bercail, me revoici actif sur mon blog. J’aurai l’occasion de vous y parler de la campagne électorale à venir, et des actions envisagées dans le domaine du numérique (ma présence sur la liste n’est pas liée à mon amour immodéré du chocolat, dont le point d’entrée en France se situe pourtant en Aquitaine), mais avant tout un peu de « relooking » s’impose, le deuil d’HADOPI devant prendre fin, pour retrouver les couleurs de la vie face aux attaques mortifères que ce gouvernement lance avec un art consommé contre tous les éléments structurants de notre société. J’y reviendrai d’ici peu.

Mais pour le moment, bonnes fêtes à toutes et tous !

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Mauvaise troupe

mai 10, 2009

Ce midi, à Bordeaux, une cinquantaine de personnes a fait l’objet d’une rétention illégale de la part de CRS.

En réponse à la venue annoncée de plusieurs ministres pour l’inauguration, au Musée d’Aquitaine de Bordeaux, de salles consacrées à l’esclavage, un rassemblement de protestation contre l’instrumentalisation de cette visite avait été organisé par quelques associations telles que RESF33. Je souhaitais y participer, mais suis arrivé en retard, le tram B étant interrompu « par suite de visite ministérielle ». Venant de la place de la Victoire, et remontant à pied le cours Pasteur, je ne suis donc arrivé qu’à 12h40 aux abords du Musée.

Le spectacle était curieux. Ayant dépassé le musée, dont les abords immédiats étaient déserts, j’aperçus derrière des barrières métalliques, gardées par des CRS, une cinquantaine de manifestants, plutôt jeunes, de bonne humeur et sans agressivité, parmi lesquels j’ai reconnu quelques amis. Je suis donc passé poliment entre les CRS, ai déplacé une barrière, et ai rejoint le groupe. C’est alors que j’ai réalisé la situation. En fait, les CRS ne se trouvaient pas d’un seul côté des manifestants, leur bloquant l’accès au musée, comme cela eut été normal, mais tout autour ! Au moyen des barrières métalliques, ils avaient réalisé un enclos, qu’ils encerclaient, et dans lequel nous étions parqués.

Ce que m’ont raconté mes amis, c’est que depuis près d’une heure ils étaient maintenus dans cet enclos contre leur gré et sans raison. J’ai aussitôt engagé la conversation avec l’un des CRS garde-chiourmes, en ayant avisé un portant une double barrette. Celui-ci ayant refusé de nous laisser sortir de l’enclos et de me mettre en relation avec un responsable (« ils ne sont pas là », selon ses dires d’un air vaguement narquois), j’ai dégainé mon arme de destruction massive, c’est-à-dire appelé mon avocat de meilleur ami.

Il m’a immédiatement confirmé l’illégalité de notre détention. Soit nous étions gardés à vue, et dans ce cas nos droits auraient dû nous avoir été lus, soit nous devions pouvoir circuler à notre convenance. J’ai donc servi de relais à une très brève conversation, par voies de téléphone mobile et de code pénal interposées. Première question posée par mon ami : « au titre de quel article de loi étions-nous retenus ? ». Réponse du pandore, de l’air de celui qui ne craint rien mais attentif à ma conversation : « l’article 431-3, pour attroupement ». Réponse immédiate de mon ami, transmise texto au responsable : « c’est n’importe quoi ! ».

En effet, pour la faire courte, le dit article dispose que, en cas d’attroupement sur la voie publique susceptible de porter atteinte à l’ordre public, les représentants des forces de l’ordre peuvent demander, par sommations, la dispersion de l’attroupement, puis user de la force pour cela. En l’occurence, aucun ordre de dispersion n’avait été donné, et nous aurions bien été en peine de l’exécuter, puisqu’au contraire ils nous bloquaient toute issue.

Je suis au regret de dire que cette amusante conversation n’a pu aller plus loin, car au même moment les barrières ont été retirées de l’autre côté de l’enclos et nous avons enfin pu sortir. Quand je dis « enfin », je m’identifie abusivement à mes amis, ma détention illégale n’ayant duré qu’une quinzaine de minutes contre une heure pour eux ; je ne m’arroge non plus aucun mérite vis-à-vis de ce résultat, que j’attribue plutôt à la faim de nos gardes-chiourmes qui ont dû considérer que leur petite plaisanterie avait assez duré. J’ai donc raccroché et ai déplacé les barrières en face de moi pour passer devant mon interlocuteur. Hors de question que je fasse le tour.

Le dénouement apparemment heureux de cette histoire ne doit pas empêcher d’analyser froidement les événements. Cette technique « strasbourgeoise » de confinement des manifestants (en référence aux pratiques abusives déjà constatées lors du sommet de l’OTAN) semble être délibérée et généralisée au sein des troupes policières de choc, et fait donc sûrement l’objet d’instructions de la part de la hiérarchie, ainsi que d’une instruction particulière pour les forces qui la pratiquent. Elle participe d’une pratique d’intimidation des manifestants : ceux-ci, une fois relâchés, n’ont pas repris le cours normal de leur manifestation, mais sont majoritairement rentrés chez eux, estimant en leur for intérieur s’en être sortis à bon compte. [Mise à jour, cf commentaire ci-dessous : la majorité des manifestants s'est rendue ensuite à l'hôtel de police pour exiger la libération d'une militante interpellée tout aussi abusivement. L'effet attendu (désorganisation de la manifestation) a donc été atteint. J'étais pour ma part reparti chez moi en sens inverse pour vérifier cette histoire de 431.3, d'où mon ignorance des événements ultérieurs. ]

Cette situation de confinement, stressante par nature, favorise les mouvements de panique et de colère, au risque de faire dégénérer la situation. Les forces de l’ordre ne semblent pas impréparées à cette éventualité. Elles ne peuvent non plus ignorer leur responsabilité en la circonstance.

À toutes celles et ceux qui se trouveraient dans la même situation, je dis donc :

  • Gardez votre calme et surtout parlez poliment. L’usage du délit d’outrage par certains représentants des forces de l’ordre se généralise, dans le but avoué de faire taire toute contestation.
  • Soyez toujours plusieurs pour discuter avec les représentants des forces de l’ordre. Un seul doit avoir été choisi pour parler, les autres doivent écouter et observer.
  • Filmez et enregistrez toutes les conversations qui seront tenues avec les forces de l’ordre. Relevez les plaques d’immatriculation des véhicules (photos) et demandez les numéros de matricule des agents avec qui vous parlez (il y a néanmoins peu de chance qu’ils vous les donnent). Un plan d’ensemble panoramique permettra de conserver leurs visages pour identification ultérieure sans porter atteinte au droit à l’image.
  • Si vous connaissez un avocat, contactez-le immédiatement.
  • Demandez au titre de quel article du code pénal vous êtes ainsi retenus.
  • Si l’on vous ressort la même daube (le fameux 431.3), argumentez froidement et poliment que vous ne causez pas de trouble à l’odre public, qu’aucune sommation de dispersion n’a été effectuée, et que vous ne pouvez être ainsi détenus. Dites que vous déposerez immédiatement plainte pour rétention abusive. Filmez cette conversation pour matérialiser à la fois votre impossibilité de sortir et le refus des autorités de vous laisser aller librement.
  • Déposez collectivement plainte pour les faits pré-cités. Seule une action déterminée en justice permettra de faire reculer ces pratiques qui, sinon, deviendront de plus en plus courantes.

Les forces de l’ordre, pour conserver le respect des citoyens, se doivent d’être exemplaires. Lorsqu’elles outrepassent leur mission, c’est aux citoyens, en se comportant de façon irréprochable, de faire en sorte que ces débordements soient légalement sanctionnés. Ce n’est que de cette façon que l’État de droit pourra être préservé.

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Subversion

mars 15, 2009

J’ai été frappé par un message circulant sur différents sites des Îles et par courriel, faisant référence au livre « La subversion » de Roger Mucchielli (cela facilite grandement le traçage du message par les moteurs de recherche), et recensant un ensemble d’actions pouvant être entreprises par des individus déterminés à saper les fondements de l’État. Vu les niveaux de tension qui règnent en Outre-Mer, le message initial peut être perçu comme un appel à structurer une opposition « spontanée » aux manifestants. Sorti de son contexte original, il a inspiré chez moi d’autres pensées, car je n’ai pu m’empêcher, en le lisant, d’établir un parallèle entre ce qu’il décrit et la politique sarkozienne. Je vous le livre donc ci-dessous, assorti de mes commentaires.

Les agents subversifs agissent sur l’opinion publique par la maîtrise d’un canal de communication majeur (télé, radio, journal, …) ; sans canal de communication majeur, pas de subversion.

1- Discréditer les notables ; stigmatiser leurs comportements, leurs opinions, préjudiciables au plus grand nombre.

Selon l’actualité des discours présidentiels, les incapables sont, au choix ou en bloc : les chercheurs, les profs, les juges, les psychiatres, les fonctionnaires, les médecins, …, bref, tous les corps constitués de la Nation capables d’une pensée autonome.

2- Démoraliser la population ; la convaincre de son impuissance à agir,
la culpabiliser, la faire douter.

La crise, la crise, la crise…

3- Diviser ; empêcher un consensus propice à une réaction de masse.

Dans l’idéologie sarkozienne, il y a ceux qui travaillent et les autres, les RMIstes, les fainéants, les assistés, les syndiqués, qui leur mangent la laine sur le dos. Chacun voit l’ennemi à sa porte, donc il n’y a pas d’union possible. Diviser pour régner est la maître pensée.

4- Discréditer l’autorité ; démontrer son incapacité à prendre en charge les problèmes, à assurer la sécurité publique, encourager la désobéissance civique, faire germer une autorité de substitution.

Déconsidération des pouvoirs judiciaire (attaques contre les juges d’instruction), législatif (parlementaires aux ordres, limitation du rôle de l’opposition parlementaire) et exécutif (ministres transparents mettant en œuvre les décisions présidentielles) au profit des conseillers de la Présidence de la république.

5- Neutraliser toute intervention spontanée des masses en faveur de l’ordre établi ; inhiber les masses. Il n’est même pas besoin de solliciter l’assentiment des masses. Il faut obtenir l’apathie populaire.

L’action de média de nivellement tels que TF1, destinés à capter le « temps de cerveau disponible », ne semble pas étrangère à cet état de fait.

6- Mais pourtant : « parler et agir au nom du peuple ».

Combien de phrases des discours présidentiels ne contiennent-elles pas l’expression : « Les Français veulent… » ?

7- Isoler les citoyens, les obliger à ne penser qu’à eux, les recentrer sur leurs besoins vitaux à court terme : c’est la « panique muette ».

La crise, la crise, la crise…

8- Pendant ce temps, l’agent subversif dénonce, critique, mais ne propose rien ; il n’est pas suspect ; il conserve toute latitude pour s’indigner.

À mettre en parallèle du fameux tic de langage «… et tenez-vous bien …» de notre Président de la République.

9- La violence s’installe ; elle est présentée comme « des actes désespérés de personnes qui n’en peuvent plus » ; on en vient à évoquer la « légitime défense ».

On se réfèrera à la piètre tentative de justification par Mme Michèle Alliot-Marie de la molestation d’un groupe de collégiens par des CRS à la gare Montparnasse. Selon Mme la Ministre, ce serait l’enfant qui se serait jeté sur la matraque.

10- Le manichéisme moral est mis en place ; il y a le bien et le mal.

On prend les mêmes que pour le premier item : la France qui travaille contre les « parasites » de tous ordres (syndicalistes, sans-papiers, professeurs qui enseignent « la Princesse de Clèves », etc).

11- Le pouvoir sous toutes ses formes, c’est le « mal ».

L’idéologie sarkozienne insistera ici plutôt sur les règlements qui limitent l’efficacité de l’action présidentielle et privée : droit du travail, indépendance de la justice et des média, etc.

12- À l’opposé, les éléments subversifs se font porteurs du « bien », sous toutes ses formes les moins contestables.

La mise en scène de l’action présidentielle ne tolère aucune contestation. Aucune protestation ne doit être audible.

13- La violence, le meurtre deviennent « légitimes » ; la cause est « juste ».

Licencier et délocaliser quand une entreprise fait des profits, c’est normal.

14- La masse est déstabilisée, culpabilisée, sa conscience morale la fait
douter.

Les Français ne travaillent pas assez, ils ne sont pas assez compétitifs. S’ils travaillaient plus, ils gagneraient plus. C’est de leur propre faute si les classes moyennes et inférieures se paupérisent.

15- Sans contre-subversion, la masse s’inhibe.

Relire la mention relative à TF1.

16- Les « belle âmes » changent de camp… par faiblesse, par intérêt.

Les sirènes de la participation au gouvernement pour « faire enfin bouger les choses » ont attiré nombre d’activistes reconnus et estimés du public, tels que : Fadela Amara, Martin Hirsch, Bernard Kouchner, Rama Yade, Bernard Laporte, etc.

17-    Les belles âmes sont récupérées par les éléments subversifs ; elles deviennent leur caution.

Parmi les personnalités citées ci-dessus, certaines ont su préserver leur indépendance d’esprit, d’autres ont dû boire le calice de la participation gouvernementale jusqu’à la lie, condamnées à justifier en public des actions qu’ils réprouvaient en privé. Mais le mal est fait : ce qui est mis en évidence ici, c’est que les grands idéaux sont solubles dans le pouvoir, encourageant ainsi la population à se détourner des personnes incarnant des idées nobles, et ajoutant de fait à son découragement et son renoncement à la mise en œuvre de politiques alternatives.

18-    Il devient « confortable » de rallier la subversion.

Le gouvernement répète à l’envi qu’« il faut dépasser les clivages droite-gauche ».

19-    « Les événements » deviennent le prétexte à « régler des comptes personnels », la terreur s’installe.

On ne compte plus les récits des colères présidentielles à l’encontre de préfets, magistrats, ou ministres ayant eu le malheur de déplaire. Les invectives (« tous des cons ») y sont fréquentes, parfois accompagnées de mutations disciplinaires. Ceci permet d’entretenir dans l’administration un état de terreur incitant à l’obéissance aveugle et permettant de passer outre les règles du droit.

20- Les éléments subversifs font pression sur les responsables des médias.

La récente reprise en main de la télévision publique (désignation effective du PDG de France Télévision par le Président de la République, non reconduction de mandats au CSA) s’inscrit dans ce cadre.

21- Les médias sont aux ordres des éléments subversifs ; ils relaient les exactions, ils alimentent la panique muette, ils emballent le mouvement.

La remise au pas de la télévision publique est le pendant du verrouillage des média privés obtenu par l’alliance quasi familiale entre M. Sarkozy et les grands patrons des groupes de communication. Malheur à celui qui oserait publier un article insidieux sur la politique ou la vie privée du Président ! En revanche, pas un jour ne doit s’écouler sans que son action ne soit louée et mise en images.

Plus rien n’empêche le prise du pouvoir par la minorité subversive…

Sans commentaire.

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